Effet du changement climatique sur les plantes et leurs phytopathogènes : quelles conséquences pour les pratiques agricoles ?
L’URGENCE CLIMATIQUE
Le changement climatique constitue aujourd’hui l’un des principaux défis auxquels est confrontée l’agriculture. Le dernier rapport du GIEC, publié en 2023, soutient que la température de la surface du globe a augmenté d’1,1 °C par rapport à la période pré-industrielle. Les prédictions pour 2050 sont d’autant plus pessimistes, puisqu’elles décrivent une élévation moyenne de température de +2,0 °C dans le monde et +2,7 °C en France par rapport à l’ère préindustrielle (1).
Même si certains changements climatiques s’inscrivent dans les cycles réguliers de l’évolution du climat terrestre, celui qui frappe le monde depuis les dernières décennies est bien plus rapide. Cette évolution accélérée est majoritairement expliquée par l’activité humaine et ses émissions de gaz à effet de serre, modifiant profondément les écosystèmes et influençant directement la production végétale (2).
LE CHANGEMENT CLIMATIQUE FRAGILISE LES PLANTES ET LEURS DÉFENSES NATURELLES
La hausse des températures globales s’accompagne d’une multiplication des épisodes de sécheresse. En 2022, la France a connu l’une des sécheresses les plus dévastatrices jamais enregistrées, entraînant une baisse des rendements agricoles estimée entre 10% et 30% selon les cultures et des pertes de production évaluées à 500 millions d’euros (3). La canicule de juin 2026 témoigne que ces conditions extrêmes tendent à devenir récurrentes et pourraient même être courantes au cours du XXIᵉ siècle.
Des études témoignent que de telles conditions fragilisent considérablement les plantes, en les plaçant dans un état de stress hydrique. Leur croissance et leur fonctionnement sont perturbés, les rendant plus vulnérables aux maladies et favorisant l’installation de certains phytopathogènes opportunistes (2).
Au-delà de leurs effets sur la physiologie des plantes, les températures élevées altèrent également leur immunité. Plusieurs études démontrent que la chaleur perturbe la voie de biosynthèse de l’acide salicylique. Cette substance indispensable à la plante est une hormone de signalisation qui intervient dans l’activation des protéines de défense qui limitent la progression des agents phytopathogènes (4).
HAUSSE DES TEMPÉRATURES : UN ENVIRONNEMENT FAVORABLE AU DÉVELOPPEMENT DES PHYTOPATHOGÈNES
Le changement climatique est aussi décrit par une modification des régimes de précipitations et d’humidité dans certaines régions, créant des conditions plus favorables au développement de certains pathogènes, comme Pseudomonas syringae pv. tomato. Cette bactérie infectant diverses espèces de plantes comme Arabidopsis thaliana a fait l’objet d’une étude, qui a démontré que son développement est favorisé par des températures plus élevées. En effet, certaines de ses protéines effectrices qui lui permettent de coloniser les tissus de la plante sont davantage transférées à la plante, participant à l’amplification de la virulence des maladies (4) (5). Si cette réponse n’est pas systématique chez tous les agents phytopathogènes, les variations de température modifient profondément les interactions entre les plantes et leurs pathogènes, rendant plus difficile la prévision de l’évolution des maladies (6).
Avec l’évolution de la répartition des climats, les pathogènes voient leurs aires géographiques de prolifération progresser. Xylella fastidiosa, bactérie originaire du continent américain responsable notamment de la maladie de Pierce chez la vigne ou encore du syndrome du déclin rapide de l’olivier, a été détectée en Europe depuis les années 2010. Elle a notamment été identifiée dans le sud de la France et sa présence dans la région des Pouilles en Italie a causé des ravages dans les oliveraies, préoccupant les acteurs de l’agriculture méditerranéenne (7) (8).
Le champignon Macrophomina phaseolina, responsable de la pourriture du charbon du coton, du soja ou encore du maïs, pourrait également devenir source d’inquiétude. Des travaux ont démontré que les conditions optimales pour son développement sont des températures élevées et une faible humidité combinée à un stress hydrique des plantes, des conditions appelées à devenir plus fréquentes avec le changement climatique (9).
UTILISATION DES PESTICIDES ET PERTURBATION DES ÉCOSYSTÈMES
D’après un rapport du Sénat, la France est le premier pays européen producteur et consommateur de produits phytosanitaires, représentant 21,7% de la production totale de l’Union européenne. Alors que plusieurs études montrent que certains herbicides peuvent modifier les émissions de gaz à effet de serre des sols agricoles (10), leurs conséquences sur l’environnement et le vivant sont encore plus nombreuses et complexes.
L’augmentation des températures favorise la volatilisation des produits phytosanitaires dans l’air, diminuant ainsi leur efficacité à atteindre leur cible (11). Les épisodes variables de fortes pluies ont également tendance à augmenter le ruissellement des pesticides dans le sol, pouvant polluer les cours d’eau et les nappes phréatiques (12).
Certains micro-organismes ont un rôle très important dans le maintien d’une bonne structure du sol, et la filtration et la rétention d’eau. Par conséquent, la pollution du sol par l’utilisation des pesticides impacte fortement les communautés microbiennes et déséquilibre les écosystèmes. Par exemple, l’épandage de certains pesticides peut être nocif pour des organismes bénéfiques qui contrôlent les populations de ravageurs, fragilisant la protection naturelle des plantes par ces derniers (11) (13).
À plus grande échelle, les modifications de population des micro-organismes entraînent des perturbations dans la biodiversité et dans les cycles biogéochimiques de l’eau, du carbone et de l’azote. Ces modifications peuvent altérer les flux de carbone entre le sol et l’atmosphère, altérant ainsi le cycle du carbone (14).
LES BIOSOLUTIONS POUR ROMPRE LE CERCLE VICIEUX
Les calendriers et méthodes classiques qui régissent actuellement l’usage des pesticides ne seront probablement plus adaptés face aux divers changements du climat. Des précipitations plus fréquentes pourraient nécessiter un plus grand nombre d’applications et les fenêtres d’infection et les besoins de traitement seront amenés à évoluer, rendant difficile l’utilisation optimale des produits phytosanitaires (15) (16).
Ainsi, le changement climatique favorise un recours accru aux produits phytosanitaires, ce qui accroît la probabilité que les pathogènes y deviennent résistants. De plus, ces derniers contribuent à leur tour à la dégradation des sols et au dérèglement des grands équilibres écologiques. Ce cercle de rétroaction souligne la nécessité de développer des stratégies de protection des cultures plus durables.
C’est pourquoi de plus en plus de chercheurs et d’entreprises s’intéressent aux biosolutions comme alternative aux pesticides de synthèse. En s’appuyant sur les mécanismes naturels de défense des plantes plutôt que sur des traitements chimiques, ces solutions offrent une approche prometteuse pour rendre l’agriculture plus durable et mieux adaptée aux défis du changement climatique (17).
Cependant, malgré leur potentiel, les biosolutions présentent encore plusieurs limites : une efficacité souvent plus variable que celle des produits conventionnels, une forte dépendance aux conditions pédoclimatiques et aux systèmes de culture, ainsi qu’un manque de références consolidées en conditions de plein champ. Leur mise en œuvre nécessite une approche systémique, combinant surveillance fine des bioagresseurs, choix variétal, pratiques agronomiques favorables à la santé des sols et infrastructures agroécologiques. C’est dans ce contexte que inLux Biotech intervient en démontrant visuellement l’efficacité des biosolutions, contribuant ainsi à renforcer leur crédibilité auprès des producteurs et des utilisateurs.
SOURCES
(1) Ministères de la Transition écologique. Publication du 6e rapport de synthèse du GIEC.
(2) Jones, R. A. C., & Barbetti, M. J. Influence of climate change on plant disease infections and epidemics caused by viruses and bacteria. CAB Reviews. 2012.
(3) Ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire. Retour d’expérience sur la gestion de l’eau lors de la sécheresse 2022.
(4) Huot, B., et al. Dual impact of elevated temperature on plant defence and bacterial virulence in Arabidopsis. Nature Communications. 2017.
(5) Lajeunesse, G., & Laforest-Lapointe, I. Les changements climatiques : mise en place d’un environnement optimal pour ravager nos cultures. Le Climatoscope, no 5. 2023.
(6) Hérault, É. Régulation de la synthèse des facteurs de virulence par la température chez la bactérie phytopathogène Dickeya dadantii. Thèse de doctorat, HAL Thèses.
(7) Godefroid, M., et al. Xylella fastidiosa: climate suitability of European continent. Scientific Reports. 2019.
(8) Mesmin, X., et al. Insect-habitat-plant interaction networks provide guidelines to mitigate the risk of transmission of Xylella fastidiosa to grapevine in Southern France. PLOS ONE. 2025.
(9) Degani, O., et al. The cotton charcoal rot causal agent, Macrophomina phaseolina, biological and chemical control. Frontiers in Plant Science. 2023.
(10) Hashim, Z. K., et al. Effects of various herbicide types and doses, tillage systems, and nitrogen rates on CO₂ emissions from agricultural land: A literature review. Agriculture. 2024.
(11) Pesticide Action Network North America (PANNA). Climate Change: Facts and Resources. 2023.
(12) Sayen, S., & Guillon, E. Transfert des produits phytosanitaires : du sol à l’eau. 2010.
(13) Ducasse, R. L’usage de pesticides bouleverserait en profondeur la biodiversité microbienne des sols. Le Monde. 2026.
(14) Basapuram, G., et al. Pesticides impact microbial communities in freshwater ecosystem: Implications on biogeochemical cycles. Journal of Hazardous Materials. 2025.
(15) FAO. Examen scientifique des effets des changements climatiques sur les organismes nuisibles aux végétaux. 2021.
(16) Gagnon, P., et al. Impact des changements climatiques sur la contamination de l’eau de ruissellement par les pesticides. Agriculture et Agroalimentaire Canada. 2016.
(17) DAILY SCIENCE. Des innovations pour remplacer les pesticides chimiques de synthèse. 2025.
